Un dimanche soir, j’ai posé une enveloppe parfaitement vide sur une balance de cuisine. Cinq grammes. Elle ne contenait rien, et elle avait déjà consommé un quart de mon budget. Il me restait donc quinze grammes pour la lettre, la carte, l’illustration et tout ce que j’avais imaginé glisser dedans. C’est précisément ce soir-là que j’ai compris ce que veut dire préparer une édition snail mail : arbitrer entre des envies et une contrainte physique, avant même d’écrire la première phrase.
Je documente la création de Racine, mon club de courrier, au fur et à mesure. Autrement dit, ce que vous lisez ici n’est pas la méthode d’une professionnelle installée depuis dix ans. Autrement dit, préparer une édition snail mail reste pour moi un apprentissage : ce texte est le carnet de bord d’une débutante qui pèse, se trompe, recommence et note ce qui fonctionne. D’ailleurs, je préfère raconter la fabrication plutôt que le contenu : ce qui se trouve dans l’enveloppe reste une surprise pour celles et ceux qui la reçoivent.
Préparer une édition snail mail commence par un budget en grammes
Avant les mots, il y a la balance. En effet, une lettre ordinaire reste dans un tarif raisonnable tant qu’elle ne dépasse pas vingt grammes. Au-delà, le prix change, et cette différence, multipliée par le nombre d’abonnés et par douze mois, devient un poste de coût qui compte vraiment. Ainsi, chaque pièce de l’enveloppe doit justifier les grammes qu’elle occupe.
Les cinq rendez-vous et le poids que je leur accorde
Chaque édition de Racine repose sur cinq rendez-vous qui reviennent tous les mois. Concrètement, voici les formats que j’ai retenus et ce qu’ils pèsent :
- La Lettre : une feuille A4 pliée en deux, en 80 g/m², soit environ 5 grammes. C’est le grand morceau que l’on déplie, le cœur de l’envoi.
- Le Geste : un format A7 (74 x 105 mm) sur un papier plus dense, entre 120 et 160 g/m², soit 0,9 à 1,25 gramme. Un petit objet presque talisman.
- La Découverte : un A6 ou un format marque-page de 5 x 15 cm, entre 1 et 1,6 gramme selon le papier.
- Pour La Saison, je choisis un A6 horizontal (environ 1,5 gramme en 100 g/m²) ou un A5 horizontal (environ 2,5 grammes en 80 g/m²) quand je veux lui donner plus de présence.
- La Trace : un format libre sur le plus beau papier de l’enveloppe, par exemple 10 x 15 cm en 200 g/m², soit environ 3 grammes.
Vous pouvez vérifier les seuils de poids et les tarifs en vigueur sur le site de La Poste. Additionnez, puis ajoutez l’enveloppe : on tourne autour de dix-huit grammes. Certes, la marge est mince. Pourtant, c’est cette marge qui rend l’envoi tenable dans la durée, et donc l’abonnement viable. Si le sujet des coûts vous intéresse, je détaille ma grille complète dans combien coûte un snail mail club.
Pourquoi cette contrainte est devenue une alliée
Au départ, je vivais la limite des vingt grammes comme une punition. Aujourd’hui, je la considère comme la meilleure question éditoriale que je puisse me poser. En effet, elle ne demande pas « qu’est-ce que je pourrais ajouter ? » mais « qu’est-ce qui mérite les grammes qu’il occupe ? ». Ainsi, une idée séduisante mais bavarde tombe d’elle-même.
Choisir les formats, c’est déjà préparer une édition snail mail
Un format n’est jamais neutre. En fait, il annonce à la personne qui ouvre l’enveloppe le geste qu’on attend d’elle. Par exemple, une feuille pliée en deux demande à être dépliée, posée à plat, lue en entier. Elle occupe la table, donc elle occupe un moment.
Le grand et le petit
À l’inverse d’un A4, un A7 tient dans la main et se glisse dans une poche ou dans un carnet. Ainsi, la même phrase n’a pas du tout le même effet selon qu’elle arrive sur une grande feuille ou sur un petit carton. De plus, un format marque-page matérialise une idée que j’aime beaucoup : une porte d’entrée vers autre chose, un livre, une pratique, un artiste.
Ce que le papier épais change
Un papier de 200 ou 250 g/m² ne se plie pas, ne se froisse pas et ne se jette pas de la même façon. Concrètement, il se pose sur une étagère, il se glisse dans un cadre, il reste. C’est pourquoi je réserve le plus beau papier à la pièce que j’espère voir garder longtemps, quitte à sacrifier des grammes ailleurs.
Ma méthode pour préparer une édition snail mail, étape par étape
Depuis la première enveloppe, je travaille avec un rétroplanning simple. Ainsi, je ne me retrouve plus à écrire une lettre la veille du dépôt à la poste.
Trois mois avant : le thème
D’abord, je choisis le thème du mois et je le formule sous forme de question plutôt que de sujet. Ensuite, je vérifie qu’il peut nourrir les cinq rendez-vous sans forcer. Si l’un des cinq sonne creux, c’est en général que le thème est trop étroit.
Six semaines avant : l’écriture
Puis vient l’écriture, toujours dans le même ordre : la lettre en premier, parce qu’elle donne le ton, et les autres pièces ensuite. En pratique, j’écris beaucoup trop, puis je coupe. Cette étape prend deux à trois soirées, parfois davantage quand le sujet me tient à cœur.
Trois semaines avant : la maquette et les tests
Ensuite, je mets en page, j’imprime un exemplaire complet et je le pèse. Surtout, je le lis sur papier plutôt qu’à l’écran, car les fautes se voient beaucoup mieux ainsi. Bien sûr, il y a presque toujours une pièce à réduire ou un papier à changer à ce moment précis.
Dix jours avant : l’assemblage
Enfin, je prépare les envois par lots, dans le calme, avec une playlist et un thé. Je raconte cette étape en détail dans emballage snail mail, parce qu’elle mérite un article à elle seule.
Pourquoi je raconte la fabrication et pas le contenu
Certaines personnes me demandent pourquoi je ne publie pas les textes des éditions. La raison est simple : une partie de ce que l’on reçoit tient au fait de ne pas savoir. En revanche, la manière dont une édition se fabrique, elle, n’enlève rien à la surprise. Au contraire, elle donne envie d’ouvrir l’enveloppe en sachant le soin qu’il y a derrière. Ainsi, la page d’une édition annonce son thème, tandis que le journal en raconte les coulisses.
Ce que préparer une édition snail mail m’a appris
Premièrement, préparer une édition snail mail avec une contrainte claire fait gagner un temps fou. Deuxièmement, imprimer un exemplaire complet avant de valider évite des erreurs coûteuses. Troisièmement, il vaut mieux quatre pièces justes qu’une enveloppe pleine. D’ailleurs, c’est exactement ce que je vérifie désormais avant chaque envoi.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour préparer une édition snail mail ?
Pour ma part, je compte une quinzaine d’heures réparties sur trois semaines : le choix du thème, l’écriture, la mise en page, les tests d’impression, puis l’assemblage. Bien sûr, ce temps se réduit à mesure que les gabarits se stabilisent.
Faut-il du matériel professionnel pour préparer une édition snail mail ?
Non, et c’est une bonne nouvelle quand on débute. En effet, une imprimante correcte, une balance de cuisine, une règle et de bons papiers suffisent largement au départ. Je détaille ce point dans matériel snail mail pour débuter.
Peut-on voir une édition avant de s’abonner ?
Oui. Chaque édition dispose de sa propre page, où je décris son thème et ce qu’elle contient. Ainsi, vous pouvez commander l’édition de septembre à l’unité avant de vous engager sur plusieurs mois.
La suite
Chaque mois, je raconte ici la fabrication de l’édition en cours. Si cette manière de travailler vous parle, vous pouvez découvrir les formules d’abonnement à Racine ou commencer par une seule enveloppe, pour voir l’effet que cela fait de recevoir du courrier préparé de cette façon.